Mardi 28 mars 2006
Je cours et je n’avance pas et d’autres fois, chaque mouvement est tellement amplifié, que je ne me contrôle plus. Chaque action peut m’entraîner dans l’eau boueuse des marais qui cernent le bourg. J’ai peur d’y sombrer, d’être enfermée dans le courant textile de cette eau étouffante… Peur de ne plus pouvoir ouvrir les yeux et d’absorber ce poison, de ne pas réussir à mourir et de me débattre, et de me débattre… Je pense à vous, souvent, et la pensée seule de vos lettres m’apporte un peu de courage. Elles existent encore, pendant l’Attente, et je les relis, et je les apprends parce qu’elles sont l’unique moyen de préserver mon intégrité mentale. Vous m’avez écrit que vous ne saviez rien et j’ai longtemps pensé que vous me mentiez, car le plus troublant, mon intimidant seigneur, c’est que je vous ressens, jusque dans le marais, je vois le vert de vos yeux dans l’eau houleuse, je vois votre silhouette dans chaque ombre qui se défile et s’évapore au hasard de la ville. Cette présence au lieu de me réconforter, de donner un sens à la nuit et à sa vague de sensations hurlantes vous aide à couler hors de moi, de ma tête, de mon cœur qui ne bat même plus et je sens le cynisme de vos regards devant mes vaines tentatives pour dormir, moi, créature fragile et transparente. Pourquoi, ô beau maître, pourquoi ce monde ? Pourquoi ce choix avec ces expressions de haine palpable et ces transformations spectrales ? Pourquoi ce choix avec la Double-Lune et les alligators qui glissent dans le marécage ? Je me souviendrai toujours de notre rencontre et des regards posés sur nous. L’Attente avait déjà commencé, mais elle n’était que des demi-sommeils, des angoisses d’insomniaque. Vous en étiez déjà le centre mais vous y étiez bien moins précis : la forme d’un nuage, le frémissement d’un arbre mort ou des pas claquants au loin sur les pavés polis… La vie coule peu à peu et chaque jour qui se lève enlève des couleurs, des perroquets et des visages… Il y a l’appréhension, l’attente de l’Attente, chaque fois plus cruelle… Douce ironie ! J’ai plus de douleur à la sentir venir qu’à la surmonter ! Mais je m’égare… Ce n’est plus de ma peine dont je voulais vous parler, c’est de vos personnages. Vous souvenez-vous de l’Arlequin dont je vous fis un éloge ? Personne ne s’en souvient, personne ne se souvient des soleils qu’il allumait et des rêves sucrés qu’il inspirait…Et le jeune Pierrot, qui écrivait des vers, le blanc et lumineux petit Pierrot… Il n’était plus là, hier. Ils partent, tous, tout doucement et ceux qui restent semblent plus colorés, toujours plus bruyants, et je me sens si faible, si pâle… comme si c’était moi, en fin de compte, qui les abandonnait. Enfin, les jours diminueront et dans la nuit accentuée et éternelle, je resterai éveillée, à craindre et à chercher votre troublant reflet.
Videos Sexe Videos Hard Videos Sexy Videos Salopes Videos Coquines
Videos Sexe Videos Hard Videos Sexy Videos Salopes Videos Coquines
